Haïti: Cinq bourses d'études ont été octroyées à des étudiants haïtiens versés dans les arts ménagers pour recevoir pendant trois mois une formation complémentaire dans les domaines de la restauration et de l'hôtellerie. Ces boursiers, dont trois viennent de l'Ecole d'Art ménager d'Anne-Marie Desvarieux et deux de l'Ecole hôtelière effondrée le 12 janvier, recevront, à partir du mois de juin, leur formation sur place à l'hôtel Le Sereno à Saint-Barthélemy. Familièrement appelée Saint-Barth, cette petite île des Caraïbes située à 25 km au sud de Saint-Martin et à 175 km au nord-ouest de la Guadeloupe a mis tout son atout dans le tourisme.
« Les séances de cours seront intenses », précise le chef exécutif de l'hôtel Le Sereno, le Français Jean-Luc Grabowski, à l'origine de ce projet. Pendant les trois mois de formation professionnelle, ces jeunes vont apprendre la cuisine française, au niveau de la salle, le service, la façon de servir et de desservir. Ils recevront des cours ayant rapport à l'oenologie, le maillage avec les nouveaux cocktails et aussi au niveau du « housekeeping » et du management.
Approche gastronomique fusionnelle
Entré en Haïti en décembre dernier, Grabowski, ce chef de cuisine français brûlant de passion pour les Caraïbes, est tombé en amour pour la cuisine haïtienne et les produits de la terre d'Haïti. « Ici, je retrouve l'esprit français d'il y a 35 ans, avec les mêmes bases. On dit qu'Haïti est le pays le plus pauvre, mais ce pays a d'excellents produits. Quand vous prenez une banane, c'est une banane, une tomate, c'est une tomate. Mais prenez un produit américain ; fermez les yeux, vous ne saurez pas ce que vous mangez. Ici, c'est naturel, pas de chimique, c'est la terre qui parle. »
Si, en littérature, la langue française s'est métissée sous les tropiques, Grabowski en compte faire de même dans son approche gastronomique fusionnelle. C'est ce qu'il a tenté de réaliser avec notre délicieux poisson gros sel.
Madame Desvarieux, tout en appréciant la cuisine du chef, dit souhaiter que ses étudiants s'enrichiront de cette expérience à Saint-Barth pour mieux servir leur pays. Idée que partage Abdonny Best, l'un des boursiers de son école. Enchanté, Abdony rend hommage à Grabowsky ainsi qu'aux institutions qui ont supporté ce projet, à savoir le Rotary Club et le Lions Club de Saint-Barth, Saint-Barth Goûts et Saveurs, l'hôtel Le Sereno et la route des boucaniers ainsi que l'ambassade France.
Les cinq boursiers sont : Vladimir Joseph, Jean Carnes, Abdony Best (Ecole d'Arts ménagers Anne-Marie Desvarieux) ; Jean-Louis Jean-Wensor et Marc-Arthur Verdiner (Ecole hôtelière, dont l'immeuble s'est effondré pendant le tremblement de terre du 12 janvier)
En septembre prochain, Grabowsky fera route vers le Cap-Haïtien et explorera les écoles d'arts ménagers et la restauration de la métropole du Nord.
Notons que Grabowski est le président de Saint-Martin Goûts & Saveurs et Saint-Barth Goût & Saveurs, deux associations qui partagent les mêmes objectifs : promouvoir le métier de la restauration, de la cuisine, du bar et de la gastronomie française. « Ces associations qui ont deux bureaux, dont un à Trinidad & Tobago, souhaitent installer également un bureau en Haïti », confie Grabowsky.
L'île de Saint-Barthélemy, qui accueille les boursiers haïtiens, a consacré tous ses atouts au tourisme pour faire le bonheur de son peuple. Pourtant, ce pays, qui recèle des plages merveilleuses, n'a ni fleuve ni rivière ; l'eau potable consommée par la population vient du dessalement de l'eau de mer. L'agriculture n'est pas rentable puisque le sol de cette île est ingrat. Mais elle a le soleil, la mer et la paix que l'on cultive pour attirer les investissements et la richesse. L'expérience de Saint-Barth ne devrait-elle pas nous inspirer?
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